Caprice ou trouble alimentaire ? Néophobie, sélectivité, ARFID
Votre enfant refuse de goûter, trie son assiette, ou c'est vous, adulte, qui vivez avec une alimentation très restreinte ? Ce n'est ni un caprice ni un manque de volonté : parfois une étape normale, parfois un trouble qui mérite un accompagnement.
Les enfants ne sont pas les seuls concernés : ces difficultés commencent souvent dans l'enfance, mais peuvent persister à l'âge adulte ou apparaître plus tard. Voici quelques situations à distinguer
La néophobie alimentaire : une étape normale du développement
C'est la réticence face aux aliments nouveaux qui s'exprime par de la peur ou du refus de gouter, c'est une phase fréquente et normale du développement de l'enfant : elle apparaît autour des 18 mois- 2 ans, elle est généralement passagère et s'atténue vers l'âge de 3 ans. Ce qui aide : proposer régulièrement l'aliment, proposer sans forcer, montrer l'exemple en mangeant le même aliment, accepter qu'il le recrache.
La sélectivité alimentaire : un répertoire qui se rétrécit
C'est un comportement qui consiste à refuser, trier, restreindre fortement sa consommation d'aliments. les causes principales sont des facteurs sensoriels (hypersenbilité aux odeurs, gouts, textures etc.) des difficultés oraux motrices (mastications etc.), des facteurs psychologiques (anxiété, TSA etc.) ou encore une néophobie alimentaire qui s'aggrave.
L'ARFID : quand l'évitement devient un trouble du comportement alimentaire
L'ARFID (trouble de l'alimentation sélective et/ou d'évitement, reconnu depuis 2013 par le DSM-5) est une alimentation si restreinte qu'elle ne couvre plus les besoins de l'organisme ou gêne la vie quotidienne : perte de poids, carences, retard de croissance ou impact sur la vie sociale. Elle ne vient pas d'un souci de poids ou de silhouette. On distingue trois profils, souvent combinés :
Sensoriel : texture, goût, odeur ou aspect vécus comme insupportables.
Peur : crainte de s'étouffer, de vomir ou d'être malade, souvent après un épisode désagréable.
Faible appétit : peu de faim, peu de plaisir à manger.
Chez l'adulte, l'ARFID commence le plus souvent dans l'enfance et peut persister, ou totalement apparaître à l'âge adulte. L'ARFID est encore confondu avec de l'anorexie, reste peu repéré et touche autant les hommes que les femmes. Il s'associe souvent à l'anxiété, à l'autisme ou au TDAH.
Les signaux qui doivent vous alerter
Consultez si vous observez, chez votre enfant ou chez vous :
une perte de poids, une croissance qui stagne, des carences, de la fatigue ou des troubles digestifs
une peur intense de s'étouffer ou de vomir, ou un refus soudain après un épisode désagréable
des repas évités (cantine, travail, restaurant, amis) ou vécus avec anxiété ou honte
un répertoire très limité, qui se réduit (- de 20 aliments) et ne s'élargit plus
des repas qui créent des tensions au quotidien.
Premier interlocuteur : le médecin traitant (ou le pédiatre), qui vérifie la croissance, écarte une cause médicale et peut orienter vers un diététicien, un psychologue ou une équipe spécialisée.
Que faire au quotidien
La règle commune : réduire la pression lors des repas : ce n'est pas un caprice, c'est un trouble alimentaire.
Forcer ou retirer les aliments acceptés aggrave le trouble.
Parents : proposez sans obliger, mangez le même plat, gardez toujours un aliment accepté dans l'assiette, restez calme (ni chantage ni comparaison).
Adultes : vous n'êtes pas seul(e) et ce n'est pas un manque de volonté. Élargissez peu à peu sans supprimer vos aliments « sécurisants », notez ce qui bloque et parlez-en à un professionnel.
Comment un diététicien peut vous accompagner
Le diététicien joue un rôle central dans la prise en charge de la sélectivité alimentaire en veillant à la santé nutritionnelle et en guidant les familles sans culpabilisation. Son action se décline sur plusieurs axes majeurs :
Évaluation de l'état nutritionnel : Il analyse le répertoire alimentaire actuel pour vérifier si les apports en énergie, vitamines et minéraux sont suffisants. Il prévient et corrige les carences courantes (comme le fer, le calcium ou les fibres).
Suivi de la courbe de croissance : Il surveille l'évolution du poids et de la taille pour s'assurer que la sélectivité n'impacte pas le développement physique.
Stratégies d'élargissement alimentaire : Il propose des techniques progressives et ludiques pour introduire de nouveaux aliments
Adaptation des textures et des présentations : Il aide à modifier la préparation des repas pour respecter les limites sensorielles de la personne tout en enrichissant son assiette.
Accompagnement et guidance parentale : Il conseille les parents pour recréer un climat serein autour de la table, enlever la pression des repas et éviter les pièges de la négociation ou du conflit.
Le diététicien travaille presque toujours en plurisdisciplinarité avec des orthophonistes, ergothérapeutes et / ou psychologues pour aborder la sélectivité sous tous ses aspects (sensoriels, moteurs et émotionnels).
Sabrina Pudebat diététicienne Paris 17 & visio




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